Publié par : Armes nucléaires STOP | 3 mars 2013

Conférence sur le désarmement humanitaire, 4 & 5 mars à Oslo

Pourquoi la France n’ira pas à Oslo ?

La conférence proposée par la Norvège sur le « désarmement nucléaire humanitaire » est jugée par la France comme une « erreur ». Le seul problème pour la France est celui de la prolifération nucléaire, le désarmement n’est pas à l’ordre du jour. Explications.

Ce jugement catégorique de la France a été exprimé par le représentant du ministère des Affaires étrangères à Paris en janvier 2013 lors de la Conférence célébrant les 20 ans de la campagne ICBL contre les mines antipersonnel.

Monsieur Frédéric Journès a dit : « La France n’ira pas à Oslo car le problème actuel est celui de la prolifération. Une conférence sur le désarmement humanitaire est suicidaire pour le désarmement nucléaire, c’est une erreur mentale car elle va faire plaisir aux bonnes âmes et seulement embêter les diplomates français et britanniques car de toute façon les autorités de l’État ne bougeront pas. Ceux qui s’amuseront bien sont les Pakistanais, les Iraniens, les Chinois… Le risque aujourd’hui, c’est une bombe tactique pakistanaise. Sortir la prolifération du débat est une erreur de raisonnement. »

L’incohérence de la diplomatie française laisse perplexe. Alors que la doctrine affirme que l’arme nucléaire française est nécessaire pour assurer la « sécurité » de la France, la seule obsession des politiciens français est de lutter contre la prolifération. Ce qui implique que les autres pays n’auraient pas le droit d’assurer leur propre « sécurité » !!! La doctrine française, comme celle des autres pays nucléaires, est une véritable incitation à la prolifération ! La France qui exprime ce point de vue avec force est jugée très sévèrement par quasiment toute la communauté internationale. Monsieur Journès, cité précédemment, n’a pas compris que le « désarmement humanitaire » s’attaque à la cause de la prolifération, c’est-à-dire aux armes nucléaires des pays qui en possèdent. C’est lui qui fait une « erreur de raisonnement » !

Plus grave encore est l’attitude de la France à l’ONU. Quatre États nucléaires, membres du TNP, s’expriment contre le projet de Convention d’élimination des armes nucléaires, les États-Unis, la Russie, le Royaume-Uni et la France. Mais la Chine, l’Iran et le Pakistan, précédemment cités sont en faveur de cette Convention ! La diplomatie française veut donc exprimer clairement son refus d’envisager un processus d’élimination.

La France a signé récemment un traité avec le Royaume-Uni pour financer une recherche britannique en France, au Centre de Valduc, pour des études de nouvelles têtes nucléaires. Par ailleurs, la France souhaite que les armes nucléaires américaines des bases européennes de l’Otan restent en Europe, pour continuer d’affirmer le principe de « nuclear sharing ». Ainsi la France s’isole de tous les autres pays européens qui remettent en cause les armes nucléaires sur leur continent.

La campagne ICAN (International Campaign to Abolish Nuclear Weapons) en France a beaucoup de travail pour que l’opinion publique arrive à persuader les élus de l’erreur du gouvernement français. Pourtant un sondage officiel, demandé par la Mouvement de la paix en 2012, montre que 80 % des Français souhaitent que la France s’engage pour le désarmement nucléaire et élimine ses armes nucléaires. En contradiction avec la politique officielle.

À Oslo, saluons l’initiative du gouvernement norvégien et souhaitons que la communauté internationale, les ONG et aussi les États, puissent arriver à faire pression sur les États nucléaires, en particulier sur la France, pour que l’idée du désarmement nucléaire soit adoptée. Et mise en œuvre.

Dominique Lalanne

Télécharger AN STOP 225-Oslo, le bulletin en anglais distribué à Oslo

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